Des vétérans de l’Upc demandent réparation pour les massacres attribués à l’armée française.
© Quotidien Mutations
Denis Nkwebo
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Trente cinq ans après la fin du maquis camerounais, marqué par l’arrestation puis l’exécution de son dernier chef, Ernest Ouandié, les anciens combattants de l’Armée de libération nationale du Kamerun (Alnk), tiennent toujours à faire entendre leur voix. C’est du moins ce qui a motivé leur sortie médiatique lundi 29 mai, à Douala. Autour de Mathieu Njassep, secrétaire particulier de Ernest Ouandié, condamné à mort en 1971 avec ce dernier et quelques autres de ses camarades, ils étaient plus de cinquante à dire tout le mal qu’ils pensent de la France, "parce que c’est elle qui nous a massacrés et elle doit en répondre".
Prenant la parole au nom de ses frères et sœurs d’armes, dont près d’un millier serait toujours en vie, Mathieu Njassep qui préside l’Association des vétérans du Cameroun (Asvecam), qui regroupe actuellement 200 anciens commandants de maquis, a indiqué qu’ils n’étaient ni des nostalgiques vulgaires, ni des revanchards, mais des gens qui se sont battus pour leur pays. "Il est important de rappeler à l’opinion que le Cameroun a perdu plus d’un million de ses fils et filles dans cette lutte. Les zones de guerre telles que le pays Bassa, Bamiléké, le Moungo, le Sud-Ouest, le Sud, regorgent des charniers dont les victimes n’ont jamais été réhabilitées", explique-t-il. C’est pourquoi, dit-il, l’Asvecam place au cœur de ses revendications "le devoir de mémoire et de reconnaissance, suivi d’une demande de réparations pour panser les plaies d’un lourd contentieux historique, qui fait du Cameroun, avec l’Algérie, les seuls pays d’Afrique coloniale française à avoir mené une lutte de libération violemment réprimée par la France".
Solidarité
Evoquant le rapprochement actuel entre la France et l’Algérie, qui ne met pas entre parenthèses le passé colonial, M. Njassep s’est insurgé contre le sort qui a été réservé aux hommes et femmes qui ont donné leur vie, leur sang et leur temps pour obtenir l’indépendance du Cameroun. "Il est inadmissible que le million de morts camerounais disparaisse dans la trappe de l’histoire comme si le pays en avait honte", a-t-il regretté. A la suite de Mathieu Djassep, Joseph Nganya et Thomas Nguéa, autres ex-combattants ayant tenu des maquis à l’Ouest, ont affirmé qu’il y a "une différence entre nous et les autres qui ont plutôt défendu la France". Aussi se considèrent-ils comme des "résistants".
Les anciens combattants n’étaient pas les seuls à évoquer la mémoire historique de leur pays. A travers la création en 2005 de l’Asvecam, c’est tout un réseau de solidarité qui s’est créé, et qui associe les vétérans, les veuves, les veufs de l’Alnk ainsi que des amis du Cameroun. Ces survivants veulent "réhabiliter la mémoire de ceux qui sont morts pour la liberté des Camerounais, étant donné qu’aucun livre d’histoire ne rapporte cette lutte au cours de laquelle de valeureux fils et filles de notre peuple ont péri". Afin de donner un large écho à leurs revendications, deux membres de l’exécutif de l’Asvecam ont récemment effectué des missions dans des pays d’Afrique australe. Ils y ont notamment fait connaissance des mécanismes de réconciliation nationale, les cas de l’Afrique du Sud, du Mozambique et de l’Angola étant édifiants.
A la conférence des ex-combattants de l’Alnk, une présence significative a été celle de Daniel Kabasuasua Ndonda wa Badibake, Conseiller à l’ambassade de la République démocratique du Congo au Cameroun. "Je ne suis pas là pour m’ingérer dans les affaires du Cameroun", a-t-il mis en garde, avant de partager avec l’assistance l’expérience de son pays, en matière de lutte contre les colonisateurs. Le piège aujourd’hui, a dit M. Kabasuasua, est celui du néocolonialisme. Mathieu Njassep a conclu sur une invite à la mobilisation des jeunes : "il faut prendre la relève", leur a-t-il lancé.

